Revue de presse » Ligue A » Interview de Stéphane ANTIGA dans LIBERATION

Les volleyeurs français ont entamé hier le troisième tour du Mondial par une défaite sévère (3-0) contre les Etats-Unis. Leur qualification pour les demi-finales est très compromise. Ils la joueront demain à Rome contre l’Italie. Stéphane Antiga, réceptionneur-attaquant, grognard de la sélection, revient, du haut de ses 34 ans et de ses près de 300 sélections, sur l’évolution de son sport.

Qu’est-ce qui a changé ces dix dernières années dans le volley ?

Les joueurs ont suivi un processus presque darwinien. Avant, le volley c’était des joueurs physiques, mais pas très forts dans la pratique du volley. Pour faire court, de grands animaux. Ils ont été remplacés par des joueurs certes toujours aussi physiques, mais avec de solides fondamentaux et une très haute technicité.
L’introduction à la fin des années 1990 du libéro,totalement tourné vers la réception, la défense et la relance, a-t-elle changé le jeu ?

Considérablement. Le libéro rentre pour compenser une défaillance en réception-défense. Il a remplacé les centraux très techniques. Aujourd’hui, les joueurs sont de plus en plus spécialisés. Il n’y a plus, comme il y a dix ans, des joueurs qui faisaient un peu tout sur le terrain, se plaçaient en défense, revenaient en réception… C’était une époque où l’on jouait avec deux passeurs, car les passeurs étaient capables d’attaquer. C’est fini. Les postes sont segmentés. Une sorte de division du travail s’est opérée.
Qu’a apporté la règle qui consiste à ne plus marquer uniquement quand l’équipe a le service ?

Je suis dubitatif. Elle a été instaurée pour raccourcir les matches, pour donner plus d’attrait et rentrer les parties dans le format télé. Mais on ne passe pas plus sur le petit écran. L’avantage c’est que, comme les matches sont moins longs, les athlètes peuvent avoir une carrière un peu plus longue. Comme la mienne (rires).


Ces modifications des règles ont-elles accéléré le jeu ?

Non, je ne crois pas. Ce sont les profils que l’on trouve sur le terrain qui ont donné cette vitesse. Un exemple : une équipe joue contre trois bloqueurs et trois défenseurs. Si les trois bloqueurs sont présents au contre, il sera très difficile de faire le point. Avec deux bloqueurs, ça sera également très difficile. Que faire ? Le passeur va faire en sorte d’accélérer le jeu avec ses attaquants pour qu’il n’y ait jamais deux bloqueurs en face au filet. Ce sont les Brésiliens qui ont commencé à jouer de la sorte, surtout en se basant sur deux réceptionneurs géniaux. La balle des Brésiliens est extrêmement rapide. Ensuite, la lecture de leur jeu donne le tournis. Il y a des appels de balle dans tous les sens. A cela s’ajoutent des joueurs superdoués. De sorte que vous avez une des plus belles équipes du monde.

On retient quoi d’une longue carrière de volleyeur ?

Le volley m’aura au moins appris à parler quatre langues… Je me suis mis à l’allemand et au polonais [il joue en Pologne depuis l’année dernière, ndlr]. Ça m’en fera six. J’ai échoué au Capes Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives). Pas facile de mener études et sport de haut niveau… Le volley reste au fond un sport professionnel pauvre.

Comment expliquez-vous que le volley soit considéré en France justement comme un sport pauvre ?

Malgré quatre podiums en huit ans, l’équipe de France souffre toujours d’aussi peu de reconnaissance : soit les gens ne nous aiment pas ; soit les personnes chargées de nous médiatiser ne le font pas bien ; soit la presse ne veut pas s’y intéresser. Il y a toutes sortes de raisons. C’est parfois un crève-cœur d’être si peu reconnus. Je pense au handball et je me dis que ce sport n’est pas vraiment récompensé pour ce qu’il a apporté au panthéon du sport français. On n’est pas les seuls, au fond, à être négligés. Ça ne nous empêche de bien faire notre métier et de dire aux gens que le volley est un sport formidable.

Par JEAN-LOUIS LE TOUZET

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